Hocine

Hocine Faire vivre le village et renouer avec la famille.

Blog

Catégories

Derniers billets

Compteurs

Liens

Fils RSS

Tazla dans la presse

Par Hocine :: 31/05/2008 à 16:44 :: TAZLA DANS LA PRESSE
El Watan - Dimanche 16 septembre 2007 - 5

UNE ORGANISATION INTERNATIONALE S'INTÉRESSE À LA BIODIVERSITÉ
DANS LE MASSIF DES BIBANS

Tazla ou les semences de la vie

C'est à croire qu'avec des chemins aussi escarpés,
la civilisation peine à arriver jusqu'ici.
Le temps s'écoule avec une telle lenteur
qu'on le dirait presque arrêté. Notre venue à
Tazla n'est pas pour admirer son paysage de carte
postale ni pour profiter de sa quiétude pastorale.
Des membres de la BEDE, une organisation de
solidarité internationale dénommée Banque d'échange
de documentation et d'expériences, basée
à Montpellier, sont depuis quelques semaines
à Tazla. Qu'est-ce qui peut bien intéresser des
Montpelliérains dans ce village de bout du monde
? On vous le donne en mille, il est question de
biodiversité. Un concept très moderne mais sur
lequel les paysans d'ici ont vite fait de coller des
noms bien à eux. Car la richesse de Tazla, vous
ne la devinerez jamais, niche dans quelques graines
magiques que l'on se transmet de père en fils,
de génération en génération. Outre l'eau si limpide
et si douce de ses intarissables sources, ce qui
fait la richesse du village, ce sont ses variétés locales
de fruits et de légumes. Notamment, une
variété de poivron local dénommé «ifelfel aâbbes
», une variété de tomate locale goûteuse, juteuse
et résistante aux maladies, quatre variétés
de raisin très tardif qui se cueille jusqu'en septembre,
une variété de pêche qui remonte à des
siècles et dont le noyau peut donner un pêcher
sans greffe et puis une variété de haricot vert qui
n'est connu que sous ses latitudes. Voilà donc les
trésors qui intéressent la BEDE, cette organisation
dont le credo est «Projet agricole, projet de
société».
Ces variétés de fruits et de légumes, pour Nordine
Boulahouat, qui s'occupe de la gestion de
l'eau au sein de la BEDE, sont un patrimoine inestimable.
«Tazla recèle une biodiversité cultivée
locale et des savoir-faire associés importants
qui méritent d'être valorisés. Vous voyez, si
on continue comme ça, on va finir par avoir 3 ou
4 semenciers dans le monde entier. On va alors
tous manger la même tomate. C'est pour cela
que pour nous la biodiversité c'est important»,
dit-il. La BEDE a, apparemment, choisi d'emprunter
le chemin inverse de celui des grands
groupes de l'agroalimentaire, comme Monsanto,
qui pillent le potentiel génétique paysan, font des
brevets et s'arrangent pour que les procédés de
sélection soient compliqués et impossibles à reproduire,
explique Nordine.

UNE BIODIVERSITÉ MÉCONNUE
La BEDE qui lutte pour les droits paysans tente
de sauvegarder le patrimoine génétique mondial
en contribuant à protéger et à promouvoir les
agricultures paysannes par un travail de formation.
«Il faut sauver de la disparition les ressources
génétiques paysannes», dit-il. Il est également
question de souveraineté alimentaire. A
titre d'exemple, l'équipe de la BEDE n'a recensé,
dans toute la région, qu'un seul et unique poirier
d'une espèce locale en voie de disparition. La
méconnaissance de la biodiversité locale fait
commettre des catastrophes à ceux qui ont en
charge l'agriculture du pays. Nordine nous cite
l'exemple de cet agriculteur qui avait reçu, l'année
dernière, une centaine d'abricotiers importés
de l'étranger. «Sur ces 100 abricotiers, il n’en
reste que deux ou trois et ils ne produisent même
pas, alors qu'il y a une variété locale très adaptée
au milieu», dit-il. «Pour sauver la biodiversité,
il faut que les gens restent à la campagne»,
ajoute-t-il. En aidant les paysans à améliorer
leurs techniques et leur production, on contribue
à les fixer sur leur sol et, même, à inverser l'exode
rural, en faisant revenir ceux qui étaient partis
vers des ailleurs plus accueillants. «Avant, on
faisait des caravanes de mulets chargés de raisin
et on allait jusqu'à Sétif pour le vendre», raconte
avec nostalgie un vieux paysan. L'excédent de
raisin et de figues était séché et vendu plus tard
comme fruits secs. Aujourd'hui, on tente de relancer
cette culture et ce savoir-faire. Un paysan
de Tiniri a mis en place avec succès des pépinières
avec quatre variétés locales de raisin. Tout
n'est pas perdu, on vient, encore aujourd'hui, de
Bordj Bou Arréridj pour acheter la figue fleur
«avakor» de Tazla.
L'un des plus grands problèmes qui préoccupent
la vingtaine de familles qui résident à Tazla
concerne la scolarité de leurs enfants. L'école
primaire du village est fermée depuis 2001. Encore
heureux si les responsables de l'éducation
de la wilaya de Béjaïa savent qu'il existe un village
qui s'appelle Tazla et qui fait partie de leur circonscription.
Pour poursuivre leurs études, les
enfants doivent donc se rendre à Tizi Lekhmis,
dans la wilaya de Bordj Bou Arréridj et qui se
trouve éloignée de 20 km du village, ou à Ighil
Ali, distante de 33 km.
A un âge aussi bas, c'est un déracinement pur et
simple. Du haut de ses six ans, Naït Hamoud
Nassim, qui s'accroche aux basques de son papa,
l'a très bien compris. Il refuse tout net quand son
paternel évoque l'idée de s'installer à Bordj :
«Non, je ne comprends pas l'arabe et ils ne comprennent
pas le kabyle», avance-t-il en guise
d'explication tout en déclenchant l'hilarité générale.
Si l'enfant de six ans refuse de couper avec
ses toutes jeunes racines, que dire alors des adultes
qui ne s'expatrient que contraints et forcés.
Pourtant, il suffit quelquefois de si peu de choses
pour redonner vie à un village. Dans le cas de
Tazla, il faut une école et un fourgon de transport
ou un minibus. Les gens veulent bien rester audelà
des grandes vacances mais quand vient le
temps de scolariser leurs enfants, ils doivent les
suivre dans les grandes agglomérations. C'est le
cas également à Zina, à Tabouânant, à Moka et à
Qalâa, ceux qu'on appelle «imesdhourar», les
montagnards.

UN EXEMPLE À SUIVRE
La solution pour ces villages existe, nous dit-on.
Il suffit d'ouvrir l'école de Boni, actuellement
squattée par un citoyen. Cette école est pourvue
d'un logement et elle se trouve à équidistance de
ces villages. Il suffit alors d'un minibus pour le
transport des enfants et on redonne vie à toute la
région en permettant aux gens de se fixer sur leur
sol. «Ah, si seulement Djamel Ould Abbès, le ministre
de la Solidarité nationale, nous donnait un
minibus, nos problèmes seraient réglés», soupire
Khaled Terranti, le président de l'association du
village. En attendant, les gens de Tazla ont appris
à se prendre en charge.
Avec l'aide des membres de la BEDE, ils ont élaboré
un «plan concerté de développement économique,
social, environnemental et culturel» de
neuf pages qui décrit, dans le détail, un programme
holistique et durable pour le village. Ce n'est
pas, comme on pourrait l'imaginer, une vulgaire
plateforme de revendications mais plutôt un ensemble
de solutions concrètes et pratiques aux
problèmes recensés. Des exemples concrets ?
Puisqu'il n'existe pas de boutique pour les produits
de base à Tazla, créer une boutique solidaire
que tiendrait une personne du village, créer
une caisse de solidarité commune pour le microcrédit,
valoriser les ressources en eau en mettant
en place un système d'irrigation par gravité,
améliorer les moyens de production agricole, relancer
l'arboriculture, le maraîchage, l'apiculture,
l'artisanat féminin, gérer les déchets et les ordures
ménagères, préserver la faune et la flore
locales, etc. En gros, il s'agit d'impulser une nouvelle
dynamique pour relancer la vie à Tazla en
améliorant les conditions de vie par la mise en
place de services sociaux et par la création et la
consolidation d'infrastructures.
La BEDE est arrivée à Tazla par le biais de l'Institut
national de recherche agronomique (INRA)
qui a monté ici un projet pilote de biodiversité et
d'agriculture de montagne. Beaucoup de choses
ont été faites depuis que l'association, qui mène
plusieurs projets similaires en Tunisie, au Mali et
dans divers pays européens comme l'Espagne, le
Portugal, l'Italie, la Roumanie et la Bulgarie, est
arrivée.
Dans les Bibans, à Tiniri et à Tazla, la BEDE a
fourni les matériaux pour améliorer le captage
de sources et leur acheminement jusqu'aux parcelles
exploitées en évitant les pertes. Des systèmes
d'irrigation appelés goutte-à-goutte ont également
été posés dans certains endroits. Des
ateliers ont été organisés et les paysans ont une
démonstration sur les techniques d'irrigation
souterraines comme la technique de la poche en
pierre et celle de la poche en paille.
Ces techniques, certains paysans les ont déjà reproduites.
«L'eau se fait de plus en plus rare
dans le monde et cela génère des conflits. Il faut
apprendre aux paysans à ne pas la gaspiller»,
explique Nordine. A partir de la source principale
du village, trois conduites ont été posées pour
l'irrigation des champs et des vergers. Autour des
parcelles irriguées, un système de clôture électrique
alimentée par des batteries solaires a également
été expérimenté avec succès à Tazla. Les
épouvantails confectionnés par les paysans et
qui amusent plus les sangliers qu'ils ne les effraient
peuvent désormais servir de décorations
ou de perchoirs aux oiseaux. Dans les parcelles
où ce système a été posé, les sangliers ne se risquent
plus sans recevoir une décharge électrique
en plein groin. Ils n'ont plus qu'à aller musarder
ailleurs, se réjouissent les fellahs du coin.
De l'eau, du soleil, de la bonne terre, quelques
graines et voilà la vie qui jaillit dans toute sa
splendeur. A Tazla, comme dans beaucoup de
villages de l'Algérie profonde et authentique, on
a toujours su planter et semer. C'est l'absence
d'une politique de développement clairvoyante
qui a déraciné les hommes des villages et des
douars vers des villes lugubres et déshumanisées.
Si l'association locale, dont la devise est
«Tazla, un défi pour l'avenir», réussit à faire revivre
le village, il y a des chances que l'expérience
devienne un modèle et un exemple à suivre pour
d'autres communautés isolées et oubliées. En
tout cas, A Tazla, les graines de la vie ont été semées.
Il reste à les arroser avec de l'eau et surtout
beaucoup de bonne volonté. D. A.


Télécharger l'article

 

 

Merci à  vous Monsieur Djamel Aliat pour le travail de mémoire que vous faites sur la Kabylie grace à vous, nous découvrons notre pays

Copyright © Tazla Mon Village - Blog créé avec ZeBlog